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La présentation liminaire
de la norme précise qu'elle s'adresse entre autres aux
utilisateurs des salles propres des établissements de
santé, en clair les salles d'opération, de
stérilisation, de réveil, de réanimation, de
naissance, de greffe, locaux nécessitant des installations
adaptées à leurs besoins fonctionnels et à leur
risque spécifique. D'entrée, elle souligne que les
particules présentes dans l'air des locaux doivent être
éliminées, bien qu'il n'y ait pas de corrélation
formellement établie entre présence de particules inertes
et de micro-organismes vivants. On voit mal en effet comment une
particule de 0.5µ pourrait entraîner des bactéries.
Domaine d'application
L'intention du document est de préciser les
exigences de sécurité sanitaire pour la conception, la
construction, l'exploitation, la maintenance et l'utilisation des
installations de traitement d'air dans les établissements de
santé. Il doit donc s'en suivre des recommandations très
concrètes accessibles au personnel médical et soignant
des blocs opératoires et autres locaux concernés. Cette
attente est très rapidement déçue car il est
précisé quelques lignes plus bas que « le
présent document ne concerne pas les exigences
spécifiques liées aux activités des
utilisateurs », sa lecture ultérieure confirmera
pleinement cette affirmation.
Définition du projet d'investissement
Cette partie du texte n'est en rien critiquable et
permettra aux responsables de gérer efficacement l'approche d'un
projet de traitement d'air de locaux sanitaires, ce qui est fort utile
compte tenu des engagements financiers correspondants et des risques
divers liés à de mauvaises conditions d'installation et
de maintenance. Cette remarque s'applique également aux
chapitres suivants concernant « Réalisation et
qualification » ainsi que « Conditions
d'exploitation ».
Les critiques apparaissent à l'analyse des
annexes, le corps principal du texte n'ayant jusqu'à
présent rien apporté de concret concernant l'application
sanitaire des systèmes de traitement d'air.
Annexe A
A.1 Zones à contamination maîtrisée
Le texte de ce chapitre aligne des
généralités qui concernent d'avantage
l'organisation d'un site industriel que le fonctionnement d'un bloc
opératoire et le schéma qui l'accompagne est clair dans
son principe mais appliqué à la conception d'une salle
d'opération, il exigerait 4 portes, ce qui paraît
excessif.
A.2 Régimes d'écoulement de l'air
A.2.1
Il est affirmé que les salles de classe ISO 6 possèdent
généralement des flux non unidirectionnels, ce qui est
inexact. La plupart des salles d'opération
réalisées depuis de nombreuses années sont
équipées de flux vertical à basse vitesse assurant
un débit de 30 volumes /heure. La présentation du texte
laisse entendre que ce type d'installation serait moyennement efficace,
ce qui est à nouveau inexact, la préconisation
étant la classe ISO 5 avec 50 volumes/heure. Nous y reviendrons.
A.2.2
Sont mis sur un même plan d'efficacité le flux d'air
unidirectionnel horizontal et le flux vertical en signalant que le
point important est l'absence de perturbation du flux d'air dans
l'environnement immédiat du procédé. (Ce
galimatias issu de la culture Qualité ne facilite pas la
compréhension de la norme destinée entre autres aux
utilisateurs des locaux concernés). En clair, il ne faut pas
d'obstacle entre le flux et la plaie, ce qui exclut de fait le flux
horizontal, à quelques rares exceptions près.
A.2.3 Il est entendu
dans ce paragraphe que l'installation d'un flux non unidirectionnel
peut s'accompagner de l'installation à distance du filtre
terminal. Ce point de vue est contestable car il ne sera jamais
possible d'obtenir une garantie de non contamination de la partie de
gaine située entre le filtre et la sortie en raison des
arrêts voulus ou accidentels du système et des
phénomènes de contamination rétrograde.
A.3 Perturbation d'un flux unidirectionnel
Ce chapitre affirme
« qu'il convient que la disposition des obstacles
physiques...matériel et personnel.tienne compte des exigences
fondamentales de l'aérodynamique afin d'éviter la
formation de turbulences.. ». Jusqu'à preuve du
contraire, ces systèmes sont censés apporter une
sécurité complémentaire lors d'une
procédure chirurgicale soumise à de multiples contraintes
par ailleurs. On voit mal comment une équipe chirurgicale
pourrait opérer en respectant ce principe, sinon en portant un
scaphandre, procédé particulièrement contraignant
qui est pratiquement abandonné , sa justification n'ayant
jamais pu être établie au travers des statistiques
d'infection post opératoire en chirurgie orthopédique. Le
point de vue des industriels est peut être différent, mais
c'est à eux d'adapter le traitement d'air à l'utilisation
qui en est faite, en réduisant les vitesses de soufflage et les
perturbations qu'elles entraînent par exemple.
A.4 Principes de maîtrise de la contamination
Ce chapitre propose
essentiellement des schémas censés guider l'utilisateur
vers le choix d'un procédé de traitement d'air
adapté à sa pratique. Là encore, l'application
hospitalière principale à savoir chirurgicale est
schématisée de manière simpliste et comme dans le
chapitre A.3, il n'apporte rien à la mise au point de
systèmes adaptés et efficaces.
Il serait pourtant
intéressant de préciser que la diffusion d'air à
la verticale du champ opératoire à une vitesse de 0.40
à 0.50 m/seconde se traduit par un phénomène
redoutable du point de vue du risque infectieux. En effet, l'abondante
masse d'air qui rencontre le sol à cette vitesse doit
s'échapper latéralement, ce qui est rendu partiellement
impossible par la présence de l'équipe chirurgicale
regroupée autour de la table d'opération. La zone
opératoire est couverte par des grands champs en tissu ou en non
tissé qui descendent assez bas afin de protéger le
patient de toute contamination. Les casaques chirurgicales sont longues
et autant que possible imperméables afin de bloquer
l'émission de particules contaminées produites
essentiellement par la région périnéale des
opérateurs. La masse d'air qui ne peut s'évacuer
latéralement est canalisée verticalement par ces
dispositions du textile qui constituent une cheminée et remonte
jusqu'à la plaie opératoire. Parvenue au dessus de la
plaie, elle forme un mouvement tourbillonnaire entretenu tout au long
de l'opération par la vitesse du flux. Cette masse d'air qui a
balayé le sol s'est enrichie au passage des particules
contaminées qui s'y sont déposées ainsi que sur
les sabots et les baquets. Il suffit de simuler une intervention
chirurgicale avec ce type d'installation en utilisant une poire
à fumée froide pour vérifier autant que
nécessaire le bien fondé de cette affirmation. Il est
curieux que les programmes de simulation électronique
cités par la norme ne mettent pas en évidence ce type de
phénomène. Celui-ci cesse lorsque la vitesse de soufflage
est réduite à 0.25m/seconde.
Il est regrettable qu'une norme
censée imposer des règles de sécurité
« des salles propres et environnements
maîtrisés » soit muette à propos de ce
phénomène qui concerne surtout les salles
d'opération où est recommandé un débit
élevé (50volumes/heure) pour obtenir la classe ISO 5. En
clair celles où sont pratiqués les actes chirurgicaux
à haut risque infectieux.
La notion de débit par
volume de salle est également contestable. Une salle
d'opération peut couramment mesurer 30, 36, 40 voire 50m2 ou
d'avantage pour une activité chirurgicale identique, par exemple
la chirurgie orthopédique. Cette différence s'explique
soit par une exigence du chirurgien qui a trop longtemps subi une salle
petite et encombrée, soit par des excès de programmation,
soit par la tendance actuelle qui consiste à sur dimensionner ce
type de local. En se basant sur une hauteur de salle de 3
mètres, le volume d'air à traiter sera respectivement de
90, 110, 120 ou 150m3, volume qui sera multiplié par 50 pour
obtenir le débit d'air traité insufflé chaque
heure dans la salle, soit 4500, 5500, 6000 ou 7500 m3/heure selon le
cas. De tels écarts de débit se traduisent par des
installations très différentes, tant en ce qui concerne
les centrales que les sections de gaine d'amenée et
d'évacuation d'air.
Il en est de même pour les
besoins énergétiques, sachant que la plupart du temps est
organisé un recyclage sur la base de 2/3 du volume
recyclé et un tiers évacué. Les coûts sont
sensiblement différents à la réalisation et
à l'exploitation tant il est évident par exemple
qu'à vitesse de soufflage égale, la surface de filtration
sera nettement supérieure.
Et pourtant, dans chacun des cas
évoqués, le volume à protéger, à
savoir la table d'opération et les tables d'instruments est
identique, à savoir 10m2 sur 3m de hauteur soit 30m3. Il ressort
de cette constatation que dans le cas d'une salle de 30m2, le volume de
protection sera balayé 150 fois à l'heure soit 2,5 fois
par minute, 180 fois, soit 3,6 fois par minute dans une salle de 36 m2,
200 fois par heure soit 6.6 fois par minute dans une salle de 40m2 et
250 fois par heure soit 8.3 fois par minute pour une salle de 50 m2.
Est ce bien utile ?
D'autant que chacun sait que la
chirurgie à risque infectieux s'accompagne
généralement d'une antibiothérapie
préventive de très courte durée qui a pour
objectif d'obtenir au moment de l'intervention une concentration
tissulaire d'antibiotique permettant de réduire très
sensiblement les complications infectieuses. De nombreuses publications
depuis de nombreuses années ont confirmé ce fait dans la
pose de prothèses orthopédiques. Confortant ce point de
vue, la norme tolère 10 particules revivifiables par m3 d'air
traité, ce qui paraît peu exigeant, nous y reviendrons.
Par ailleurs, on peut constater
actuellement que la grande majorité des concepteurs de bloc
opératoire réalisent des salles d'opération qui ne
disposant pas de sas, ouvrent directement dans le couloir unique du
bloc opératoire, généralement insuffisamment
ventilé. Cette approche est très critiquable car elle
conduit à un risque réel de contamination du site
opératoire à chaque ouverture de porte, ce qui intervient
fréquemment comme chacun sait en raison du fonctionnement des
médecins anesthésistes. En effet, à chaque
ouverture de porte, la surpression de la salle d'opération
s'effondre et un transfert massif d'air du couloir vient compenser la
fuite créée par cette ouverture. Cette masse d'air
extérieur, généralement plus chaude que celle de
la salle d'opération, monte au plafond de la salle et par
phénomène d'induction, s'intègre dans le flux
soufflé sur la zone opératoire, plaie et table
d'instrument. Le couloir unique, très occupé par les
allées et venues des patients et du personnel est
abondamment contaminé par la flore microbienne de chacun.
C'est cette contamination qui pénètre en force dans la
salle d'opération si elle n'est pas protégée par
un sas. Elle sera d'autant plus importante qu'elle ne sera pas
diluée par un apport important d'air filtré assurant la
ventilation du couloir. Ces phénomènes sont
aisément identifiables à la poire à fumée
froide.
Cette situation s'aggrave encore
lorsque dans le bloc opératoire sont réalisées
simultanément des interventions septiques et aseptiques. En
théorie, les interventions septiques sont
réalisées dans une salle dédiée. En
pratique, il en va tout autrement, une péritonite
appendiculaire, une occlusion seront réalisées en fin de
programme certes, mais du programme de chirurgie digestive. Il serait
bien surprenant que l'on attende toujours l'achèvement du
programme d'orthopédie qui se déroule à
l'extrémité du couloir. Un rectum en double équipe
sera réalisé au cours du programme, il ne sera pas
question pour les chirurgiens d'utiliser une petite salle et pour
l'anesthésiste de gérer cette intervention dans un
secteur isolé du bloc opératoire.
L'absence de sas ne permet pas de
protéger une salle et la mettre en dépression conduira
à introduire des particules contaminées venant du
couloir. Un patient porteur d'infection doit bénéficier
du même niveau de sécurité que les autres, non
infectés, vis à vis du risque lié à
l'environnement. Etre infecté par un germe n'assure aucune
immunisation vis à vis des autres.
Sur ces aspects, certes
très techniques, la norme est peu prolixe et c'est regrettable
car c'est là qu'elle aurait été très utile,
en encadrant les situations difficiles réellement
génératrices de risque.
Annexe B Classification de la propreté de l'air des salles propres et zones propres
B.1 Classes de propreté particulaire
Le tableau regroupant ces
informations indique le niveau de contamination particulaire par m3
d'air par taille de particule. Il y manque la correspondance en
contamination microbienne qui est l'indication la plus importante en
milieu hospitalier, d'autant que le tableau B.4 qui reprend cette
information n'est ni clair, ni complet.
B.2 Classe des cinétiques de décontamination particulaire
Le même reproche peut
être appliqué à ce tableau, par ailleurs
intéressant, à savoir qu'il aurait été
utile de disposer d'une information faisant état de niveaux de
contamination microbiologique, ce qui pouvait être obtenu
à partir d'un dispersa à concentration connue. On reste
toujours dans une approche industrielle et peu hospitalière des
problèmes de contamination.
B.3 Classe de propreté bactériologique
Il est précisé
d'entrée que les niveaux affichés concernent des locaux
contrôlés hors présence humaine et état
d'occupation au repos. Le tableau B.3 est à rapprocher du
tableau B.4 « Performances techniques selon les niveaux de
risques dans les établissements de santé ».
La première remarque est
que le niveau d'exigence est faible. Le seuil de 10 particules par m3
d'air retenu en classe ISO 5 semble très élevé
compte tenu des résultats relevés pendant de longues
années de pratique assidue des contrôles
d'aérobiocontamination en salle d'opération. En situation
per opératoire, ils étaient sensiblement
inférieurs (1 à 3 ufc/m3) dans des systèmes
à haut débit en prélevant 1 m3 en 2 minutes. Ces
contrôles étaient pratiqués avec un biocollecteur
Joubert muni d'un capteur stérile fixé sur le champ
opératoire, prélevant à proximité
immédiate de la plaie. Enfin, en utilisant le même
matériel et les mêmes paramètres de contrôle,
la contamination était généralement nulle ou
très faible dans des salles d'opération
équipées de plafonds soufflants avec un débit de
30 volumes/heure, lorsqu'elles n'étaient pas occupées,
donc dans une situation identique à celle définie par la
norme. Des centaines de mesures, au minimum, ont été
réalisées pendant plus de 10 ans en parfaite
cohérence en matière de résultat. Sur cette base,
il paraît bien surprenant que le niveau d'exigence en classe ISO
5 soit de 10 ufc/m3, ce niveau étant atteint en situation per
opératoire dans des systèmes correspondant à la
classe ISO 6.
Le tableau B 4 confirme cette impression car il
ignore la classe ISO 6 pour passer directement de la classe ISO 7
à la classe ISO 5, en maintenant dans les deux cas un niveau
d'exigence en matière de contamination microbienne identique
à savoir B10. Ce constat est perturbant car il fait douter du
sérieux d'un document sur lequel s'appuient des techniciens, des
hygiénistes et des industriels pour inciter fortement les
responsables des établissements de soins à investir les
sommes correspondant à des installations de classe ISO 5
plutôt qu'ISO 6, ce qui correspond à des écarts
financiers sensibles, alors que le résultat attendu en terme de
risque de contamination microbienne est identique.
Ce faible niveau d'exigence est
également à souligner pour ce qui concerne la pression
acoustique maximale, en clair le niveau sonore supporté dans la
salle lorsque le système de traitement d'air est en
fonctionnement. 45 dBA en ISO 7 et 48 dBA en ISO 5 constituent des
niveaux élevés, peu contraignants pour les industriels et
tout à fait pénibles pour les utilisateurs qui le
supportent chaque jour durant de longues heures et pendant une
période importante de leur vie. Cette pollution sonore contribue
à la fatigue alors que l'activité qui se déroule
en salle d'opération devrait au contraire
bénéficier de calme et de confort, impression obtenue
lorsque le niveau sonore ne dépasse pas 40 dBA.
Annexe C Gestion des étapes de qualification
C.2.1
Réglages et qualification d'installation
Il est très positif de
décrire les étapes indispensables au réglage et
àà la qualification d'une installation.
Par contre, il est surprenant que celle ci
intervienne après 48 h de fonctionnement hors présence
humaine alors que dans la pratique, les performances devront être
permanentes tout au long d'un programme opératoire. Il aurait
été plus utile pour des hospitaliers de disposer d'un
protocole permettant de qualifier une installation dans les conditions
habituelles de fonctionnement en faisant essentiellement
référence au niveau de contamination de l'air par des
particules revivifiables.
Annexe D Construction et matériaux
D.2.1.2 Plafonds suspendus
Ce paragraphe comporte une phrase concernant la
réflexion nécessaire à l'implantation des
éclairage et bras techniques. S'il est clair que les bras
techniques peuvent et doivent être implantés de
manière à ne pas perturber le flux, on voit mal comment
utiliser un éclairage opératoire sans le positionner en
fonction des besoins de l'intervention. La mise en place d'une zone de
soufflage correspondant à la protection de la table
d'opération et des tables d'instruments amène
obligatoirement à placer l'éclairage dans le flux. C'est
en travaillant sur les vitesses de soufflage que ces
incompatibilités peuvent être résolues, il est
regrettable que cela ne soit pas évoqué.
Commentaire
Les chapitres techniques suivants
de la norme sont indiscutables et précisent notamment les
conditions d'hygiène et de bonne pratique lors de la
réalisation de l'installation, par exemple en maintenant les
gaines obstruées sur le chantier avant leur montage, ce qui est
rarement respecté. Par contre, on peut regretter qu'un aspect
non négligeable du fonctionnement des blocs opératoires,
à savoir l'utilisation des gaz d'anesthésie et les
risques de pollution correspondants ne soient pas
évoqués.
La réglementation ( Article U34
« Sécurité incendie dans les ERP »
de mars 92 ) prévoit que le taux de renouvellement d'air neuf
dans les salles d'opération doit être de 15 volumes /
heure pour évacuer les gaz d'anesthésie . Il est
prévu dans ce texte que ce débit doit être au
minimum de « 50 m3 par personne supplémentaire
présente en salle ». De ce fait, depuis 1992 de
nombreux projets sur tout le territoire ont adopté cette
lecture, en accord avec les différentes administrations
régionales, dans la mesure où les gaz d'anesthésie
sont évacués à l'extérieur par le biais
d'une prise SEGA (système d'évacuation des gaz
d'anesthésie) et dans le cas d'utilisation de respirateurs
à circuit fermé. Pour des raisons de meilleure gestion de
l'anesthésie et d'économie de gaz anesthésique
fort coûteux, le recours aux respirateurs à circuit
fermé est pratiquement généralisé. Il faut
souligner que cette situation est très différente de
celle qui prévalait en 1992 où les respirateurs à
circuit ouvert diffusaient largement le gaz anesthésique dans
les salles d'opération, ce qui était à l'origine
de céphalées récurrentes et de malaises chez le
personnel de bloc opératoire et particulièrement chez les
anesthésistes. Les respirateurs à circuit fermé
réduisent de 10 fois le volume de gaz évacué
à l'extérieur par rapport au circuit ouvert, entre 0,3 et
1 l/mn, ce rejet étant totalement pris en compte par
l'installation de prises SEGA.
Ces modifications techniques éliminant
objectivement le risque traité par l'article U 34, les
différentes administrations ont admis que le débit de 60
m3 par personne présente pouvait être retenu en se
limitant toutefois au débit minimum de 6 volumes / heure
notifié dans l'article U57 de l'arrêté du 23 mars
1965 de la Commission centrale de sécurité. Le
« Guide pour prévenir les expositions
professionnelles aux gaz et vapeurs anesthésiques »
réalisé par le groupe « anesthésie et
qualité de l'air » sous l'égide de l'Assurance
Maladie d'Ile de France précise très clairement la nature
du risque, la façon de le traiter et les moyens d'en assurer le
contrôle. Ce document comporte des études très
documentées qui font avant tout référence aux
valeurs limites d'exposition professionnelles recommandées qui
sont en France :
° 25 ppm pour le protoxyde d'azote
° 2 ppm pour l'Halothane
° 2 ppm pour l'Enflurane Isoflurane
Une étude de la concentration en gaz
menée au sein de 191 salles dans 17 blocs opératoires
permet d'objectiver la nécessité et l'efficacité
des différents systèmes. Elle met en évidence une
présence abondante de protoxyde d'azote pouvant aller
jusqu'à 718 ppm en phase d'entretien anesthésique avec
l'utilisation d'un respirateur à circuit ouvert dans une salle
mal ventilée. Par contre, dans des locaux identiques, la
concentration en gaz passe à 17 et 20 ppm dans le cas
d'utilisation de prise de SEGA. Il faut noter que le seuil de 25 ppm
retenu en France est le plus faible, il est de 25 à 50 ppm aux
USA selon les organismes, de 50 ppm au Québec, de 100 ppm en
Suède, Danemark et Norvège.
Dans le cas d'un haut débit de gaz (4
à 6 l/mn), la présence d'une prise SEGA sur un
respirateur à circuit fermé permet de respecter les
seuils recommandés avec des concentrations de 11 et 9 ppm dans
des salles dont le niveau de ventilation n'est pas
précisé. Une méthode globale de prévention
des pollutions est proposée dans cette étude qui s'appuie
sur la constatation de fréquentes fuites de gaz sur le circuit
d'anesthésie et qui recommande :
° de choisir les produits et les matériels d'anesthésie les moins polluants
° d'adopter des pratiques anesthésiques peu polluantes
° de veiller à la maintenance préventive des systèmes d'anesthésie
° d'adapter des dispositifs de captage localisé
° d'utiliser des dispositifs d'adsorption
Ces démarches sont inscrites aujourd'hui de
manière systématique dans le cadre de la
matériovigilance ou s'imposent par la pratique
anesthésique et le souci d'économie. Elles
complètent efficacement le système de ventilation mis en
place et justifient sa réduction à 6 volumes / heure,
débit qui ne doit jamais être inférieur à 50
m3 d'air neuf par personne présente, (anesthésiste,
infirmière anesthésiste, chirurgien, aide instrumentiste,
panseuse). Ce chiffre est assez fréquemment supérieur
à 200 m3 pour les interventions courantes (anesthésiste,
chirurgien, aide et panseuse). Elles doivent également s'appuyer
sur la sensibilisation des intervenants, anesthésistes et IADE
pour une application économe et peu polluante des techniques
d'anesthésie.
Dans le « Guide pour prévenir
les expositions professionnelles aux gaz et vapeurs
anesthésiques », la recommandation est de respecter
un débit 15 volumes / heure d'air neuf en salle
d'opération, ce qui répond à la situation
découlant de la majorité des contrôles
pratiqués par le laboratoire de toxicologie industriel de la
CRAMIF dans le cadre de la rédaction de ce document. Toutefois,
les situations décrites lors de ces contrôles sont
sensiblement différentes de celle qui prévalent
fréquemment aujourd'hui, tant en ce qui concerne l'installation
de ventilation prévue que la cohérence des moyens mis en
ouvre en terme d'installations et d'équipements. C'est pourquoi,
dans le souci de recherche d'économie, il semble acceptable de
calculer les débits d'air neuf sur la base de 6 volumes / heure,
soit 50 à 100 m3 d'air neuf à l'heure par personne
présente. Des chiffres plus importants résultent parfois
du fait que le volume des salles d'opération prévues dans
un projet est très important, par exemple 174 m3 ( 58 m² x
3m) alors que les recommandations sont basées sur des salles
dont le volume est de 90m3 ( 30 m² x 3 m).
Conclusion
Ce long développement sur un aspect qui
n'est pas traité par la norme a pour objectif de mettre en
évidence le décalage entre la présentation
simplifiée et industrielle de celle ci et la
réalité de la gestion des risques dans les
« environnements maîtrisés » ici
salles d'opération et de réveil. Un besoin
impérieux de règles apparaît de plus en plus
évident dans ce secteur où apparaissent trop souvent
l'inexpérience, l'approximation, voire l'incompétence en
matière de conception, alors que de nombreuses installations
doivent se transformer et se moderniser. Dans le contexte financier
actuel et à venir en matière de Santé, il serait
souhaitable que les moyens soient répartis judicieusement en
fonction de la réalité objective des risques. Il ne
semble pas que cette norme aille dans ce sens et c'est regrettable.
Cependant, aucun élément à
aucun moment ne permet d'affirmer que telle classe est indispensable
à tel type de chirurgie et l'affirmation que la classe ISO 5 est
indispensable à la pratique de la chirurgie orthopédique
n'est qu'une interprétation que rien n'étaye clairement
dans ce document. Par crainte d'être un jour
répréhensibles et par souci de bien faire, des
responsables hospitaliers sont tentés d'accepter des sur
investissements en réalité inutiles. La norme elle
même ne varie pas son niveau d'exigence de contamination
microbienne entre les différentes classes utilisées en
bloc opératoire. En conséquence il ne paraît pas
urgent de dépenser l'argent qu'on n'a pas pour une prise de
risque qui n'existe pas.
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